13 octobre 2006
Rouleau d’écorce de bouleau N°1
Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh
Le chaudron de Keridwen
j’ai été soleil, j’ai éclairé la lune et je suis née poussière de la terre
dans la bruyère j’ai poussé trop vite, et sous les embruns pas assez haut
j’ai été un jeune pin sur la lande
mes aiguilles ont couvert les fougères insolentes
et mon ombre celle des arbres voisins
j’ai été l’écureuil, le chat des bois élastique
et le vent m’a relâché
j’ai été le cheval clair doré Melygan
mes galops endiablés ont secoué les rochers de la grève
et j’ai sauté avec les moutons d’écume les blanches vagues
de mes sabots rapides j’ai parcouru l’Europe et les terres lointaines
le vent a soufflé à mes oreilles, cours ! et il m’a oublié
j’ai plongé
je suis devenue sirène et mes yeux verts l’innocent ont brûlé
j’ai été île, roc, volcan et lumière
puis l’éclair de mon regard s’est voilé
je suis le monstre des mers
devenue ocean, les petits du poisson je les ai enfantés
je suis devenue poule, sous mon aile les ai couvés
Eog le bondissant saumon savant je fus ensuite, et même pédant
puis j’étais Artio la mère ourse terrible qui mène à la chasse ses guerrières étoiles
je redevins bouleau, Keridwen à peau blanche, le beorc runique qui renaît, recommence
le beth mystique, le 2 de la maison, porte ouverte sur l’avenir
et j’ai porté le chamane au plus plus haut de mes branches fragiles
il est redescendu et maintenant il danse
plus jamais je ne porterai sa transe
et Bleiz le loup gris en sa forêt profonde
marche de son pas infatigable et lent son chemin solitaire
sans laisse sans collier si le vent le permet il deviendra chêne
il abritera le terrier et le nid
et dans ses feuilles chantera la blanche corneille
12 janvier 2007
Tartiflette de poireaux en risotto au Darley
Prenez une bonne botte de vos poireaux du jardin, les fendre, leur couper les racines et le vert flétri, les passer sous l’eau, les secouer et les ciseler. Les faire transpirer sur un peu de graisse du canard tué à Noël sur un feu doux. Les saler pour accélérer le processus et poser le couvercle sur la marmite pour qu’ils fondent un peu dans leur vapeur.
Puis couvrez de riz rond de Camargue ou d’Italie et mouillez petit à petit avec du jus de viande, celui du canard s’il en reste ! ou du rôti, peu importe c’est selon votre goût et ce que vous avez en réserve. Un peu d’eau claire pour compléter. Il faut mouiller petit à petit et régulièrement. Eviter d’aller sur Second Life pendant la cuisson du riz. Sinon, dès que l’odeur de brûlé atteind la périphérie de Second life, précipitez-vous à la cuisine. Sauvez ce qui peut l’être dans une autre marmite. Quand le riz est cuit, ajoutez une bonne dose de crème fraîche de vaches nourries à l’herbe. Versez dans un plat à gratin. Taillez le fromage de Monsieur et Madame Darley en petites tranches à répartir sur la surface du plat. Si vous habitez le Grand-Bornand, préférez le reblochon au Darley.
Quelques minutes à four tiède le temps de taper la recette et mettre le couvert. Servez avec un bon cidre bouché débouché frais.
C'est à la lune d'hiver que Keridwen traversa ...
Rouleau d’écorce de bouleau N°21
Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh
C'est à la lune d'hiver que Keridwen traversa les mondes et qu'elle arriva sur Second Life.
20 février 2007
Korydwen et Le Rouge de Kenholl
Rouleau d’écorce de bouleau N°7
Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh
C'est une histoire dans la tradition des gwerziou de Basse-Bretagne. La "gwerz" est un chant à caractère historique ou légendaire, les deux étant souvent mêlés dans un récit toujours dramatique, fréquemment
teinté de fantastique, de merveilleux et d'ésotérisme. Ce voyage de Korydwen est émaillé de nombreuses références à la mythologie irlandaise ou celtique.
Voici donc les paroles d'une chanson de Tri Yann :
Korydwen et Le Rouge de Kenholl
Korydwen, Korydwen, pourquoi t'en être allée
au premier jour de mai de ta quinzième année,
fillette païenne, couronnée d'épis de blé;
à la fraîche fontaine, dans le bois aux sorbiers ?
De s'en venir de Vannes trois hommes, trois cavaliers,
au Pardon de Sainte Anne s'en allant chevaucher,
de Sainte Anne près de Nantes, sur un rocher dressée.
Et Korydwen d'entendre les cloches sonner.
Le premier des cavaliers, de pierreries couronné,
cheval blanc comme est blanc le marbre de Carrare en été :
- A Sainte Anne, belle païenne, je vous mènerai.
Venez venez en selle. Mais il n'eut achevé
que sa peau tombe en lanières sur son corps tout desséché,
qu'en chimères de pierre soudain se trouve changé,
et ses bras en poussière et en poudre ses deux pieds.
Et de ses cendres, cendres grises la fontaine est brouillée.
Plongeant l'épée dans l'ève, le second des cavaliers
rendit claire la source et plus fraîche d'emblée.
D'une tortue la tête ornait son casque d'acier,
ses écailles recouvraient sa cuirasse cirée.
- Qui es-tu, dit Korydwen ?
- Batholan le guerrier !
Je suis le fils de Tonkad et de l'océan suis né.
- L'océan ne fait naître que sirène ou bien que sorcier.
Au pardon de Sainte Anne jamais ne te suivrai !
De la fraîche fontaine au troisième des cavaliers,
Korydwen en sa bouche de l'ève claire a versé :
- Tu es jeune et tes yeux, tes yeux sont de jade émaillés;
de quel pays viens-tu sur ta pourpre haquenée?
- D'où je viens sept moulins tournent dans les vents salés
qui font ma barbe rose comme rose du rosier.
On m'appelle Le Rouge à Kenholl où je suis né.
A Sainte Anne au pardon, je m'en viens pour te mener.
De bondir tous les deux dessus la pourpre haquenée.
Sonnaient sonnaient les cloches de vers Nantes au clocher.
De chevaucher trois jours et deux nuits sans s'arrêter,
sans boire et sans manger, de colline en vallées.
Mais Korydwen s'étonne à la troisième soirée :
- Je n'entends plus qu'à peine les cloches sonner.
- Ce n'est rien, ce n’est rien, dit Le Rouge, mais le vent a dû tourner.
Viens, païenne, sur ma couche de paille de blé…
Ils repartent au matin dessus la folle haquenée
Ils traversent des forêts de bois de cerf dressés,
plus vertes que sont les algues et que d'Irlande les prés,
sans boire et sans manger, trois jours, deux nuits sans s'arrêter.
Mais Korydwen s'étonne à la sixième soirée :
- Je n'entend plus les cloches du Pardon sonner !
- Tu te trompes, tu te trompes Korydwen, tu te trompes ma bien-aimée;
c'est le vent qui est tombé. Il est tard, allons nous coucher…
Quand Korydwen s'éveille à la septième rosée,
elle est seule sur la couche de paille de blé :
à la place du Rouge elle découvre à son côté
des serpents et un miroir brisé.
Et Korydwen d'y plonger son regard pour le croiser,
mais le visage qui lui fait face de la faire sursauter :
c'est celui d'une vieille femme d'au moins cent et dix années
dont des serpents dévorent les pauvres seins déchirés.
Et Korydwen de voir son maigre sang couler,
et la terre le boire et sa mort arriver.
Et de son ventre froid soudain s'envole un épervier
qui plonge dans la Loire, en saumon enchanté…
30 août 2007
Le cellier de Keridwen
Précisions données à l’égard de ceux qui croient connaître la région : Keridwen et Berec’hedig sont des fées, elles ont donc accès à une partie du paysage qui reste invisible aux yeux seulement humains. A moins d’avoir été vous-mêmes bercés par les Tud Vor dans votre tendre enfance et que depuis lors vous ayez gardé l’esprit ouvert aux chant des fées, il peu probable que vous trouviez jamais le vieil arbre magique qui garde l’entrée du cellier de Keridwen ni le ruisseau frais qui s’en échappe. L’Île d’Er vous paraîtra plus sûrement déserte et désolée, tout juste plantée de quelques sapins épars aux branches desséchées par le vent d’ouest.
Keridwen se rappelait la Porte de Pierre. C‘était un petit édifice flanqué d’une guérite, construit près d’un quai au pied du sentier qui descend de la falaise du Kastellick, le petit château qui garde l’entrée du port de Landreger enfoncé dans l’estuaire du Jaudy, la rivière bleue. « Ainsi donc me voici sur l’Île d’Er à l’embouchure de la rivière bleue. Trop tard déjà pour remonter jusqu’à Landreger alors ma soupe d’ortie se passera des feuilles de l’ail des ours, cré bon dlà ! C’est encore heureux qu’il pousse quelques aulx des sables sur cette île», grognonna Keridwen en continuant de farfouiller tout autour d’elle, ramassant par-ci quelques bigorneaux pour l’apéritif, décollant par-là quelques huîtres des rochers qu’elle s’empressait d’avaler aussitôt et chassant à grands cris des rochers quelques goélands furieux pour leur voler des œufs. Elle remonta sur une dune au bout de la crique pour chercher de l’ail. Comme elle s’y attendait, reconnaissant maintenant le rivage tout à l’heure inconnu, la dune abritait les petites fleurs roses dont les tiges relèveraient le goût de la soupe. Puis elle revint cheminant dans la lande, non plus au hasard, mais d’un petit pas déterminé qui la mena le cabas sous le bras et le chat sur les talons de ses sabots, par le petit bois vers un très vieil arbre caché au creux d’un vallon, dont les racines abritaient une petite source fraîche. « Bonjour jeune Chêne, je suis bien heureuse de revoir ton écorce ! Que tes feuilles bruissent au vent tant que le temps durera, que tes glands trouvent toujours de la terre où pousser et que mes sortilèges te protègent à jamais de la foudre ! Garde-tu toujours bien mon cellier ? » Le chêne multicentenaire agita ses branches en signe d’acquiescement. Il semblait très heureux de revoir Keridwen. Lorsqu’il était un tout jeune gland, un écureuil étourdi l’avait oublié sur une pierre plate. Keridwen, passant par-là tout à fait par hasard, avait été émue par la plainte de la graine perdue. Un peu plus et elle la ramassait pour en faire de la farine à épaissir son brouet de fumeterre. D’ailleurs, son cabas était déjà rempli de bon nombre de ses congénères. Etonnamment, ce gland eut l’art d’attendrir la vieille fée. Il ne pouvait pas prendre racine, ou très difficilement, placé comme il l’était au centre d’une pierre plate d’où il ne pouvait rouler à moins d’une forte tempête. Mais d’ici que le vent du sud-ouest se lève, il avait largement le temps de finir dans l’estomac d’un écureuil ou dans le brouet d’une sorcière. Alors il criait à fendre l’âme et Keridwen, sensible aux pleurs des arbres, avait secouru et planté la graine tout près de là, au creux d’un vallon qui comportait une petite grotte de laquelle coulait un ru argenté comme les écailles d’Eog le saumon. Avec les années et les siècles, le chêne grossissant sans cesse, avait fini par boucher complètement l’entrée de la grotte. Keridwen avait hanté tous les rivages du Monde connu et un bon nombre de ceux de l’Autre Monde. Aussi, sachant que sa quête pouvait durer bien longtemps, avait-elle disposé des cachettes un peu partout dans les vallons aux sources fraîches. Les celliers de Keridwen recelaient dans de belles armoires de chêne (eh oui !) tout ce qu’une vieille petite déesse oubliée pouvait avoir besoin au cours d’une quête et qu’elle ne pouvait emporter dans son cabas, ni sur son curragh. Elle fut bien aise de retrouver celui-là ! Se laissant glisser entre trois racines, elle entra dans le cellier et fit grande provision de confitures, de conserves, de pots d’herbes sèches, de farine de glands (eh oui !) et de bonnes bouteilles de cidre du Frère Guillaume. Elle prit même un deuxième billig pour cuire les crêpes du Tug Goemon. Le bougre, tout le monde le savait bien, avait un appétit d’ogre ! Une seule chose lui manquait à présent pour recevoir dignement le fils de Berc’hedig. Pour faire ses crêpes il lui fallait du lait. « Dis donc le chat, rends-toi utile un instant ! Va me chercher et plus vite que ça, une souris femelle, à cette saison elles viennent toutes de mettre bas. Mais je te préviens, rapporte-la-moi entière et en bonne santé ou je t’étripatouille à mon tour. Ouste ! Et retrouve-moi au bateau. » Le félin s’éloigna à toutes pattes sans demander son reste et la très vieille petite dame repartit vers la plage où le curragh s’était échoué ce matin. Le chêne resta à sa place comme d’habitude et regarda séloigner tristement sa vieille protectrice.
24 mars 2008
le scrabble du Tud Goémon
Rouleau d’écorce de bouleau N°14
Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh
Les règles en sont simplifiées car Tud Goémon aime bien s'amuser mais il déteste perdre au jeu, alors pour commencer, on décide d'un commun accord, sur sa suggestion, de ne pas compter les points. Et cela vaut mieux si on ne désire pas voir voler plateau et jetons par-dessus les têtes ! Chacun joue à son tour et pose un mot comme on le pratique habituellement. Seulement les mots admis sont ceux qui le sont par tous les joueurs présents, sachant qu'à la fin de la partie chacun des joueurs devra rédiger une courte histoire les reprenant tous. Ainsi peuvent être acceptés les verbes conjugués, des prénoms, des mots étrangers, des onomatopées par exemple. De même, l'ortaugrafe peut laisser à désirer selon les connaissances des joueurs en la matière. Toutes les lettres du jeu doivent être posées, même si les derniers mots doivent être recherchés en commun.
Keridwen se prête de bonne grâce au scrabble du Tud Goémon car ça lui change un peu de ses longues soirées solitaires en tête à tête avec la lune. Pour la partie narrée ici, quatre joueurs ont participé, peut être en trouverez-vous trace sur d'autres supports, blogs ou rouleaux d'écorce de bouleau. Vous pouvez aussi vous prêter au jeu et laisser trace de votre imagination en commentaire.
Voici la liste des mots de la partie jouée une nuit de pleine lune, de grande marée et de tempête :
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Et voici la petite histoire rédigée par Keridwen, grignotant ses tartines beurrées le lendemain matin de la partie :
Quelles nouveautés pour les fêtes de Beltaine, Ein le gnome, allait-il proposer cette année ? D'un pas décidé, le poing sur la hanche, il se lança sur le chemin qui mène au repère de son ami Dewi. Un vrai trek ! La longue route à parcourir lui laissa le temps de réfléchir.
"Ah ! pensa-t-il, allons-nous jouer à sauter au-dessus d'un feu de joie ? Rien de nouveau à ce jeu, hélas, on le pratique chaque année !"
Il arriva un peu énervé à la cabane de Dewi. Celui-ci habitait entre les racines d'un vieux gros chêne, sous un tau fait de feuilles brunes et dorées cousues entre elles par des aiguilles de pin et tendu sur une armature constituée des os du squelette de bras de chauve-souris.
"Eh ! Bien le bonjour ami !" dit le gnome en entrant sous l'abri. "Salut à toi, cher Ein ! Que nous vaut ta visite si loin de chez toi ?". "Hi !" s'exclama le cobra aux reflets d'alu qui pendait au-dessus du lit. "Do you want use me like a tie ?" demanda-t-il au gnome ahuri (nota: Keridwen est très peu à l'aise avec la langue anglaise parlée par ce cobra).
"Merci bien, non, sans façon. Dewi, je suis noyé d'incertitudes au sujet des fêtes de Beltaine. Je ne sais quoi faire pour innover un peu.
_ Oh ! N'en fais pas des tonnes ! Un jeu du feu, où chacun saute par-dessus fera l'affaire.
_ Justement, le conseil du village m'a chargé de trouver quelque chose d'inhabituel.
_ Hum. Laisse-moi réfléchir.
Et Dewi sorti deux bols qu'il posa sur la table et emplit de savoureuses caillées miellées passées au tamis. Leur surfaces blanches et ridées allécha le gnome qui pour le coup en oublia sa requête.
"Muez ! dit le cobra. Faites une course de mue. Beltaine est la fête du printemps, c'est la bonne saison pour ce jeu.
_ Pff ! répondit Ein, autant jouer à saute-boucs !"
Vexé, le serpent retourna se larver sur l'édredon.
"Ecoute, ami, décida tout d'un coup Dewi, je vais poster une F.A.Q. sur mon blog pour susciter quelques idées auprès de mes lecteurs.
_ Excellent ! se réjouit le gnome.
Rasséréné, il put s'en retourner au village où quelques jours plus tard il constata que Dewi avait tenu parole. Il copia la F.A.Q. et la faxa à son tour à son réseau de contacts. Eurent-ils beaucoup de répnses ? L'histoire ne nous le dit pas. Cependant aujourd'hui, force est de constater qu'on joue toujours à saute-moutons par-dessus le feu à chaque fête de Beltaine.






