Un curragh échoué sur le sable

23 février 2006

Keridwen Chaudron

( Petite note pour les lecteurs : Keridwen ne s'adapte pas vite à toute cette modernité. Elle a un blog, un imêle postal, c'est déjà beaucoup. Alors ne lui en voulez pas trop si

elle rédige dans l'ordre chronologique ses aventures.

  Le dernier message est accessible par un simple clic, là, à droite. Bonne lecture, amis internautes ! )

   



 

Elle est petite, elle est bossue ;
Sur sa chaudière son front sue
Et ruisselle, et sa main ossue
Y plonge un doigt sale et crochu.
Une verrue énorme et grise
Pend de sa moustache qui frise
Sur sa lèvre que cicatrise
Le stigmate d’un pied fourchu.

(écrit au revers d’une lettre de faire-part de mariage par Victor Hugo)



Keridwen a oublié son âge. Elle est née sur Avallon, l’île des Pommes.

avallon

Petite, extrêmement vieille, bossue, affreusement ridée, les jambes tortes et les mains noueuses, Keridwen promène son maigre corps à travers tous les âges de la création d’un petit pas léger et chancelant mais totalement infatigable. Elle est mue par une énergie qui vient des profondeurs de la Terre Mère à laquelle elle appartient depuis le jour très lointain de sa naissance.
Vêtue de pauvres frippes d’un gris uniformément terne, chaussée de sabots de frêne inusables, elle est coiffée d’un chignon de petites tresses entortillées dissimulé sous une volumineuse coiffe de dentelle amidonnée.
Keridwen porte en permanence au bras un vieux cabas de cuir noir usagé qui contient toute sa maison. Excepté le chaudron, bien entendu !
Sa voix est calme et douce, un peu chevrotante parfois quand tombe la nuit, mais vous vous laisseriez prendre. C’est une charmeuse ou une enchanteresse, si vous préférez. Enfin, une sorcière, quoi !
Deux choses l’embêtent un peu. Sa vue qui baisse doucement mais régulièrement depuis quelques siècles et sa mémoire gravement atteinte par plaques depuis son arrivée sur la plage inconnue.
Son petit chat noir la suit obstinément depuis toujours. Il n’aime pas faire faire du bateau, mais il adore les mouettes. Surtout au petit déjeuner.
Keridwen est d’un premier abord avenante et semble innofensive, vieille petite mère amie des chats, à tel point que vous la laisseriez passer devant vous dans une file d’attente ou lui laisseriez votre siège dans le bus. Vous l’aideriez sans hésiter à traverser la rue. Mais elle est une sorcière des légendes celtiques et sa ruse et sa férocité ne sont plus à démontrer.
Capable d’avaler Gwyon Bach en se changeant en poule lorsque lui-même était devenu grain d’orge puis après ça de le couver tranquillement neuf mois dans son ventre et de le jeter à la rivière dès la naissance. Je n’invente pas, c’est Taliesin lui-même qui chante ses exploits. Capable de mitonner des petits plats savoureux ou des tisanes immondes, de se changer en loup et de caresser son chat avec tendresse, elle est multiple et surprennante. Qui peut savoir qui était son chat autrefois ?

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La quiche aux navets

Voici quelques-unes de mes recettes les plus faciles à réaliser. Il va de soi qu'il m'est impossible de révéler le secret de mes transformations puisqu'il disparut avec le chaudron. Mais il m'en reste quelques autres moins pernicieux ou tout du moins plus comestibles. Pour vous mettre l'eau à la bouche, je suggère par exemple :

La quiche aux navets

(à réserver à un réalisateur voulant se débarrasser d'une jeune actrice prétentieuse ou tout autre cas similaire)

Ingrédients :

  • Pâte feuilletée au beurre
  • Une botte de jeune navets
  • Quelques jeunes oignons blancs et leurs feuilles
  • Une grosse carotte (ou trois petites)
  • Trois gousses d'ail
  • Trois oeufs
  • Un bol de crême fraîche délayée dans un peu de lait
  • du sel et si vous voulez, un peu de poivre
  • du beurre demi-sel pour la poêle (les parisiens et autres étrangers devront s'adapter au beurre breton et rejeter toute idée d'une cuisine à l'huile, sans quoi le charme n'agira pas)

Préparation :

après avoir enfilé un tablier de préférence noir et vous être bien lavé les mains à une source claire,

  1. Préparez une pâte feuilletée au beurre, ou achetez-la toute faite c'est plus rapide et presqu'aussi bon.
  2. Faites revenir dans une poêle, les oignons émincés (bulbes et feuilles), les navets et la carote en petits cubes.
  3. Salez.
  4. Pendant que l'ensemble blondit, mélangez dans un saladier les oeufs et la crême fraîche avec un peu de lait si nécessaire. Salez légèrement, poivrez si vous voulez.
  5. Allumez le four.
  6. Disposez la pâte feuilletée dans un moule à tarte.
  7. Emincez les trois gousses d'ail (ne pas les écraser)
  8. Dès que la poêlée est cuite, versez les légumes dans le saladier et mélangez.
  9. Puis ajoutez l'ail. 
  10. Plus l'ail est mis au dernier moment, plus l'haleine sera repoussante. 
  11. Versez le mélange sur la pâte feuilletée.
  12. Enfourner à four chaud 25 à 35 minutes.

(si comme moi vous ne savez pas faire la pâte feuilletée et que vous n'en avez pas à disposition, une pâte brisée peut aussi faire l'affaire mais c'est moins bon, tant pis)

à bientôt, si ça vous dit, avec la soupe aux orties pour les insoumis et ma vraie recette de crêpes pour les vampires. 

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Histoire lamentable de Keridwen partie chercher son chaudron à travers les Mondes

Maudite par le barde Taliesin qui acquit illégalement la Connaissance, elle erre à la recherche du Chaudron unique du dieu Dagda. Sa quête dure depuis le jour où un jeune apprenti sorcier nommé Gwyon Bach renversa par mégarde le chaudron magique où bouillait le breuvage sacré qui donne la mort ou la vie à qui la mérite et qui ne bout pas la nourriture des lâches.
Elle poursuivit longuement le maladroit à travers toutes les formes animales ou végétales que l’inspiration leur donnait. Bélier s’échappant dans les prés, elle devint bœuf pour le rattrapper. Changé en truite pour fuir dans la rivière elle le poursuivit en brochet. Devenu moustique pour disparaître à sa vue, elle se fit chauve-souris et ainsi de suite pendant des années et des années jusqu’au jour ou il se fit grain d’orge et qu’elle devint poule. Ne pouvant plus ni sauter, ni courir, ni voler, ni grimper, elle put tout simplement l’avaler. C’est là qu’il devint Taliesin le barde aux mille vers. Le grain mûrit dans le ventre de Keridwen et elle accoucha d’un petit garçon qu’elle jeta à la rivière dans un panier. Débarrassée !
Hélas le barde était né, muni de la Connaissance acquise grâce aux trois gouttes de liquide volées au Chaudron sur les doigts brûlés qu’il avait léché. Il s’appelle à présent Taliesin et chante les exploits des héros et des héroïnes du pays celte. Il maudit Keridwen de l’avoir avalé et jeté à la rivière. Mais il récite son histoire de château en manoir et d’auberge en marchés. Car elle l’a couvé tout de même ! Partie en hâte de sa maison à la poursuite de Gwyon Bach, Keridwen n’a jamais retrouvé le Chaudron de Dagda à son retour.

 

keridwen

 
 

Depuis ce jour elle erre, avec sa maison dans son cabas et son chat sur les talons de ses sabots à la quête du chaudron perdu.

 

 

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Rouleau d’écorce de bouleau N°12

Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh.

 

Finalement, je reprend la plume.

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Je ne l’avais plus touchée depuis l’enserrement de Merlin par Vivianne dans la forêt de Brocéliande. J’ai conté toutes ses aventures pendant de longues années. Elles ont, bien heureusement, été maintes et maintes fois reprises, réécrites, transformées. Ce qui a permis de faire connaître cette histoire au monde entier. Car sans le remaniement de mes feuillets par des écrivains chevronnés, qui aurait pris la peine de lire ces pauvres lignes mal rédigées ? Il faut avouer qu’un loup a l’esprit simple et formule ses pensées tout aussi simplement, même si sa vie est complexe, éternelle et multiple.
Je suis Bleiz le loup lorsque je cours à quatre pattes, que je renifle les pistes marquées sur le sol, que j’écris avec de l’encre de coquelicot sur des feuillets d’écorce de bouleau, que je hurle à la lune ou que je me gratte les oreilles avec la patte arrière. Et je suis Keridwen la sorcière lorsque je reprend mon petit pas trottinant, mon dos bossu, mes doigts crochus et mon cabas sous le bras. Keridwen est née de la nuit des temps et d’un matin de rosée. Elle s’est éveillée à la Création pour garder le chaudron de Dagda. Jeune, elle était d’une grande beauté et connaissait tous les secrets de la nature. C’était une puissante magicienne capable de soulever les tempêtes et de détourner les astres de leur cours. Elle eût trois enfants de Tegid le Chauve, roi du Lac Bala. Le troisième, Afang Du fut la cause de la perte du chaudron par la faute de Gwyon Bach. Tout le monde au pays de Cymru connaît son histoire. Et Keridwen vieillit de chagrin et de vexation au cours de l’interminable quête.

Mais je suis aussi Mabd la corneille voyeuse et voyante, Twrch Trwyth le sanglier courant, Kuan le hibou, Eog le saumon ou Melygan le cheval et toutes les formes de la Création lorqu’il me plaît de le devenir.
J’ai parcouru la forêt sur les pas de Merlin. J’ai guerroyé de châteaux en châteaux et de villes en ports avec Arthur. J’ai traversé maintes et maintes fois les deux pays de Bretagne. Et j’ai vogué sur la mer à la recherche d’aventures.

Avec Arthur et ses chevaliers nous avons pris la mer sur de lourds vaisseaux de bois à fond plat et bords hauts, gréés de voiles de cuir, nous avons affronté l’Océan aux vagues grandes comme des montagnes, furieuses comme un troupeau d’étalons sauvages, noires comme les nuits d’hiver, blanches d’écume légère et rouges des soleils couchants vers lesquels nous voguions.
Une île nous est apparue, toute hérissée d’écueils, toute entourée de brumes, flottant entre deux eaux. Longtemps nous avons cherché un hâvre où l’aborder sans encombre. Des jours durant nous avons flotté dans le brouillard, frôlant les crocs acérés des rocs, scrutant le long des rives une crique où jeter l’ancre.

 

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Et un matin de fleurs et de papillons la côte s’est ouverte sous la proue de nos bateaux. Nous avons accosté sur le sable doré d’une belle courbe de plage accueillante. Une source fraîche surgissant en cascade de la falaise et baignant un bassin de galets bleus put abreuver nos hommes et nos chevaux. L’air doux et léger embaumait nos narines éprouvées par l’iode marine d’un parfum envoûtant de pomme mêlé d’ajonc.
Les hommes installèrent un camp au plus haut de l’estran et commencèrent à pêcher qui tourteaux, qui praires grasses et s’amusaient de les cueillir si facilement à pleins paniers. Les braises du foyer furent vite nourries au bois flotté et les chants ne tardèrent pas à accompagner le gavage des estomacs.
Arthur choisit les plus valeureux de ses chevaliers et nous partîmes explorer l’intérieur de l’île. Ké découvrit un escalier de pierre au creux d’une faille de la falaise. Hardiment, il grimpa le premier, taillant un passage dans l’ajonc et le genêt de sa vaillante épée. Arthur le suivit et moi je m’attachai à ses talons.
Nous arrivâmes sur un sentier bordé de talus bas séparant des prés où paissaient une multitude de moutons. D’un côté du chemin les moutons étaient noirs, de l’autre côté ils étaient blancs. Chose curieuse, lorsqu’un mouton blanc sautait le talus et traversait le chemin pour entrer dans l’autre pré, il devenait aussitôt noir. Et quand un mouton noir traversait à son tour, il devenait immédiatement blanc.
Nous marchâmes longuement le long des prés puis le chemin s’élargit pour permettre un passage de charrette quand nous arrivâmes à des vergers. Jamais aucun d’entre nous n’avait contemplé plus beaux vergers. Les arbres étaient larges et hauts. Trois hommes se tenant les mains n’auraient pu entourer un de leurs leur troncs. Sept hommes posés les uns sur la tête des autres n’auraient pu toucher leur sommet. Certains étaient encore tout roses de fleurs alors que d’autres ployaient sous le poids d’énormes pommes luisantes d’or veinées de rouge sang. D’autres plus loin perdaient leurs feuilles brunes et dorées qui s’envolaient vers ceux aux troncs noirs et branches nues habillées de lichens et de givre.
Puis le chemin s’élargit encore et bientôt fut pavé de larges dalles de granit poli et brillant. Un palais de verre apparut dans le lointain à nos yeux étonnés. Lorsqu’enfin nous approchâmes de la forteresse, vint à notre rencontre un éblouissant cortège de jeunes femmes, dont la beauté était aussi difficile à regarder que le soleil. Elles nous escortèrent jusqu’à une salle au plafond perdu dans le ciel, soutenu par des colonnes de pierres précieuses. Le sol était couvert d’or pur et reflétait la lumière des murs de verre. Au bout de l’immense salle, une magnifique jeune femme à l’étincelante chevelure noire bleutée, vêtue d’une somptueuse robe écarlate était assise sur un trône d’argent massif.
« Keridwen, ma sœur bien-aimée ! » S’exclama-t-elle. Morgane, car c’était elle, se leva et s’approcha de notre roi  « Soit bénie de revenir parmi nous accompagnée de mon illustre frère ! Arthur, quel honneur de te recevoir en ma demeure. Puisses-tu goûter aux plaisirs d’Avallon pour qu’enfin tu restes auprès de moi ! Soyez les bienvenus Chevaliers au festin qui vous attend ». La reine des fées embrassa très chaleureusement son demi-frère qui resta de marbre et lui tendit malgré tout poliment sa joue barbue. Au son de la voix de Morgane, je repris le visage de ma jeunesse et fut revêtue des habits qui furent miens avant la quête, parée des bijoux que j’affectionne lorsque je reviens en Avallon. (Voyez mon portrait ! )keridje
Morganne est traîtresse comme chacun sait et Arthur ne se prit pas au piège. « Chère Morgane, nous avons trouvé ton palais par hasard en nous aventurant vers l’Ouest. Nous ne pouvons accepter l’offre de ton accueil car nous savons ce qu’il nous en coûterait. Soit cependant assurée de notre admiration pour toutes les merveilles d’Avallon, mais permets que nous reprenions au plus vite nos navires car l’aventure ne souffre pas l’attente.
_ Quelle méfiance, Arthur au noble cœur, va emmène tes chevaliers mais je garde tes équipages puisqu’ils se sont nourris des fruits de nos rivages. Une seule chose avant de reprendre les flots : viens contempler l’objet de la quête avant qu’il ne disparaisse à tes yeux. Vois ce chaudron de connaissance et d’imortalité comme il chauffe doucement au souffle de mes sœurs. »
Arthur et moi nous approchâmes de l’endroit désigné par Morgane. J’eus à peine le temps d’entr’apercevoir le chaudron par dessus l’épaule d’Arthur que tout disparut à nos yeux. Chaudron, palais, fées, ors et jardins. Je sentis le pelage de Bleiz reprendre place sur ma peau et mes colliers s’évanouir. Les vergers firent place à des landes pelées par les vents, les moutons disparurent, les prés et les chemins également. Nous retournâmes en hâte à nos vaisseaux et trouvâmes, comme nous le prévoyions, la plage déserte. Nous reprîmes la mer avant de disparaître à notre tour.

 

Les écrits de Bretagne font l’objet d’un grand soin
Tandis que les vagues s’agitent tout autour

Taliesin

 

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24 février 2006

La mission de Keridwen

 
 

plage

La mission de Keridwen n’est pas encore remplie, elle ne peut donc pas revenir à Avallon, l’île qui l’accueillerait pour un repos largement mérité jusqu’au bout des éternités. Mais elle a échoué son curragh sur cette plage-ci à la suite d’une terrible tempête appelée par le barde Taliesin. Charrié comme un fétu par les vagues immenses, son curragh a hésité longuement à se retourner. Finalement il s’est décidé à rester d’aplomb. Le vent a cessé un matin et le brouillard est tombé sur une mer redevenue d’huile grasse et lourde.
Elle s’est perdue sur l’Océan glacé. Il lui a même semblé avoir tourné en rond pendant quelques lunes blafardes qui perçaient mollement à travers les brumes diluées. Elle a recuilli la rosée, milligoutte après milligoutte, pour ne point souffrir de la terrible soif qui saisit tous les perdus en mer. Elle a gratté, une à une, toutes les miettes de pain qui traînaient au fond de son cabas pour ne point souffrir trop de la terrible faim des égarés de l’Océan.
Et, un matin, le soleil est apparu. Enfin, quelque chose de très lumineux qui brillait au loin. Elle rama dans cette direction, encore animée d’une incroyable énergie. Que ce soleil fut à l’est, à l’ouest ou au sud, elle choisit de le suivre pour ne plus ramer en cercle et avancer vers quelque part, où que ce fusse.
Puis soudain l’effort ne s’est plus fait sentir. Elle n’eut plus la nécessité de ramer : un étrange courant la guida vers la lumière, puis de plus en plus vite jusqu’à cette faille sombre et noire entre d’immenses rochers (en tout cas c’est ce qu’elle imaginait, mais sa vue n’est plus aussi claire qu’il y a 800 ans !). Elle eut la désagréable sensation de se sentir tout d’un coup très lourde puis à nouveau très légère, et soudainement totalement transparente ! Bah, elle en a bien vu et vécu tant d’autres ! On ne la lui fait pas à Keridwen ! Les allers-retours en Avallon sont parfois plus étranges encore …
Tchoufff ! Son curragh s’est enfin échoué sur le sable d’une plage.
Tout à l’heure, elle a bien aperçu l’Ankou ou quelqu’autre figure de sa ressemblance qui ricannait de la voir trottiner, le cabas sur le bras, à peine arrivée. Mais depuis, personne. Elle erre seule comme à son habitude à la recherche d’un indice qui la ferait avancer vers l’objet de sa sa quête.
Une chose a changé récemment, elle ne se souvient plus très bien ce qui l’a ammenée ici. Tracassée par l’oubli de l’histoire des jours précédants elle maugréa comme à l’accoutumée contre son ennemi favori :
« Ah ! Ce maudit barde, que les cordes de sa harpe s’enroulent autour de sa maudite gorge, qu’elles serrent et qu’elles les coupent, cette gorge et cette langue infâmes qui ont proféré la Malédiction ! Gorge et langue mille fois malheureuses du méchant rimailleur qui osa me maudire, moi, Keridwen, moi, la seule gardienne autorisée du Chaudron magique du Magnifique Dagda. Taliesin de malheur qui goûta le breuvage sacré. Taliesin, maudit sois-tu, qui renversa par maladresse le chaudron bouillant, qui perdit à tout jamais le merveilleux liquide magique avec lequel il se brûla les doigts. Taliesin qui alors se nommait Gwyon Bach et qui lécha ses doigts brûlés et acquit, misère des misères, la Connaissance sacrée. Taliesin, damné sois-tu, à cause de qui le chaudron fut perdu ! ».

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27 février 2006

La mer déposa doucement un petit curragh sur le sable

Le jour se levait, les brumes de la nuit se diluaient peu à peu dans une luminosité froide et bleutée. On put distinguer une petite forme sombre descendre de l’embarcation et sauter prestement sur la plage en évitant de se mouiller les sabots. C’était une toute petite vieille dame, très digne, qui remit sa coiffe en place et rangea une de ses minuscules tresses tortillées sous le voile de dentelle. Puis elle s’arquebouta et tira sur le bout d’amarrage afin de tirer le curragh jusque sur le sable sec. Dès qu’il n’eut plus de risque de se mouiller les pattes, un chat noir sauta lui aussi à terre et rejoignit la petite dame contre la jupe de laquelle il se frotta en tous sens. Elle se baissa et le carressa gentiment puis le repoussa d’une main ferme. Elle prit un vieux cabas bloqué sous le banc de nage et se mit aussitôt à trottiner vers le soleil.


Elle traversa toute la plage d’un pas décidé mais s’arrêta soudain comme stoppée par une inquiétude soudaine. Elle posa son sac de cuir sur un rocher plat, sans doute pour qu’il ne s’abîme pas au contact du sable, puis plongea un bras et la tête dedans. Elle devait chercher quelque chose car on entendit un sacré ramdam qui sortit du cabas. Elle finit par y entrer toute entière. Les bruits se firent plus furieux encore. Que cachait donc ce sac ? Victorieuse, la petite dame sortit d’un bond du cabas avec une très vieille paire de lunettes rondes sur le nez.


« Que bénit soit cet Adso qui me fit cadeau d’un tel objet. Grâce à lui, j’y voit un peu mieux à présent ! »


Tiens, mais qu’elle est cette forme au bout de la plage ? On dirait ce vieil Ankou qui me regarde en souriant moqueusement. Bah, Qu’importe ! Je n’aime pas cet enquiquineur qui se rappelle toujours à notre bon souvenir au pire moment. Ignorons-le et faisons bonne route vers le levant.

silhouette

La petite vieille repartit d’un bon pied, le cabas sous le coude, suivie de son chat sur les talons de ses sabots.

 

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26 avril 2006

Berc’hedig, la Tud Vor

 

Keridwen prit le sentier qui s’égarait à travers la lande vers l’est, en direction d’un petit bois aux arbres tortueux comme l’esprit d’un korrigan malin. Elle cueillait en route de quoi remplir son garde-manger bien désert après sa longue traversée. Le soleil printanier dorait les jeunes crosses de fougère émergeant du tapis de bruyère. Elle s’imaginait déjà les saler et les mettre en pot pour les servir avec le cidre du frère Guillaume quand viendrait un invité. Elle arracha nombre de carottes sauvages et fit grande provision de feuilles tendres de mûrier. En s’écartant du rivage elle trouva une verte prairie où sautaient les lapins. Keridwen rivalisa avec eux dans la cueillette des pissenlits, les fleurs d’or en confiture ressembleraient à du miel légèrement acidulé, les feuilles seraient délicieuses en salade avec quelques lardons frits et une bonne vinaigrette et les racines séchées et grillées serviraient tout l’hiver de remède et de boisson revigorante. A l’entrée du bois elle sortit une paire de vieux gants de cuir noir du fond de son cabas. Keridwen venait de repérer un fossé rempli de gigantesques orties. Quelle bonnes soupes mijoterait-elle dans sa marmite ! L’appétit venant apportait une légère teinte rosée sur ses vieilles joues grises et terriblement ridées. Elle dût s’asseoir pour croquer une poignée de mourron blanc et de fleurs de pâquerettes afin de tromper sa faim.

Maintenant, je dois trouver de l’ail des ours, se dit-elle, pas de soupe à l’ortie digne de ma marmite sans ail des ours !

Et cheminant deçà delà, cherchant son ail des ours dans les sous-bois, la vieille Keridwen arriva de l’autre côté de l’île. Ereintée et mécontente, Keridwen souffla un peu, assise sur un rocher face à la mer. Elle dût s’assoupir quelque peu car elle sursauta soudain en entendant une boule de goémon claquer sous les pas d’un arrivant.

Quelqu’un ici, se dit-elle, peut être saura-t-il où je pourrais trouver mon ail ?

Elle était quelque peu obnubilée par cet ail, nom d’un asticot !

Mais force fut de constater qu’aucune personne visible ne cotoyait à l’instant le rocher de Keridwen ! Ni devant ni derrière ni sur les côtés, il m’avait pourtant bien semblé que …

« Ah, mais ça alors ! C’est-ti bien toi Berc’hedig ? Quel plaisir de te revoir ! »

Une toute petite personne aussi vieille et fripée que Keridwen avait surgi de nulle part, indiscernable sur les rochers dont elle avait les couleurs changeantes tant sur la peau que sur les oripeaux. Elle se glissa sans bruit vers sa vieille amie et lui chuchota à l’oreille :

« Tout autant que toi je suis heureuse de te voir ici-bas, Keridwen ! Quel vent rusé a poussé ton bateau sur nos côtes ? » La nouvelle venue se garda bien de demander des nouvelles du Chaudron, elle connaissait la colère de Keridwen et puis si le Chaudron avait été retrouvé, l’ordre du monde en aurait été changé et tout un chacun en aurait connu la nouvelle. Cette petite femme était du peuple des Tud Vor, des korrigans des côtes et des estuaires, point méchants mais pleins de malice et habités de biens étranges habitudes. La première est celle de bercer leur enfants sans fin sur les grèves, en chantant d’extraordinaires chansons mélancoliques. Les chansons des Tud Vor se mêlaient au sifflement du vent du large dans les arbres, au battement des vagues frappant les roches et au roulement des galets sur la grève. Quiconque avait entendu leur chant sentait monter en lui une grande nostalgie, qui jamais plus ne le quitterait et qui reviendrait sans cesse serrer sa gorge lorsqu’il regarderait l’horizon. Une autre de leur habitude, et ce n’était pas la moindre, était d’aller bercer aussi certains enfants des humains de la côte et parfois même de les emporter quelques temps en laissant à leur place un des leurs. Ces enfants d’humains bercés au chant des Tud Vor gardaient en eux toute leur vie une nostalgie profonde, trahie par un regard songeur et une tendance perpétuelle à la rêverie.

« M’est avis Berc’hedig que tu n’es pas ici par hasard. Peut-être es-tu venue pour me dire où trouver quelques plants d’ail des ours ? demanda naïvement l’obstinée Keridwen.

_ Toujours aussi devineresse, Keridwen, fée des temps ! C’est mon gars dernier-né qui demande à te voir et m’envoie te le dire. Il a, paraît-il, une urgence à te signaler.

_ Tud Goémon ?

_ Lui-même, répondit Berc’hedig, fronçant les sourcils à l’intonation de voix de son amie.

_ Ne t’inquiète pas, je le verrai, s’il me demande. Qu’il arrive ce soir de l’autre côté de l’île où j’ai amarré le curragh. Je lui préparerais une bonne soupe d’orties et des crêpes à la myrtille avec une bonne bolée du Frère Guillaume. Sais-tu où je pourrais trouver de l’ail des ours ?

Demi-sourde à la requête de son amie, Berc’hedig qui s’inquiétait pour son fils, se rassura malgré tout. Il est vrai que le garçon n’avait jamais accepté sa condition semi-humaine, semi-korrigane et qu’il s’était bloqué au passage à l’âge adulte dans un état pour moitié de chaque peuple. Sa silhouette semi-humaine était couverte d’écailles et ses pieds palmés. Il se vêtait de goémon, ce qui lui avait vallu son surnom. Berc’hedig avait beaucoup aimé un humain, qui le lui avait beaucoup rendu avec le rejeton en prime. Elle aimait son fils mal-aimé de tous et surtout de lui-même et refusait de voir ce que tout le monde savait, que Tud Goémon avait mal tourné. A la suite d’une colère mal maîtrisée il avait gagné la réputation de plus grand des naufrageurs. Il n’avait pas cherché à le faire, mais quand, s’enfuyant des rires des enfants Tud Vor, il avait saisi ce bâton pour le lancer au loin, il n’avait pas remarqué que c’était la quille d’un gros navire anglais. Etait-ce sa faute ? Tous les mauvais gars du pays l’applaudirent. Le succès lui monta à la tête et il recommença, cette fois en tirant par le fond ce que la racaille du pays lui demandait. Un jour qu’il avait trop écouté le chant des mères Tud Vor, il tira par le fond la barque de la famille d’un poête. Ce fut son pire naufrage. On ne le lui pardonna pas. On n’en tira rien que des larmes, de tous côtés. 

cene
Dans cette cène, on peut voir, en regardant bien, celui aux pieds palmés qui tire Judas par l'épaule !
peinture au plafond d'une chapelle en Trégor

Berc’hedig repartit sans bruit, glissant sur la grève, après avoir quatre fois bisé la joue de Keridwen. « Il y en a près de la Porte de Pierre ! » lança-t-elle en disparaissant entre deux rochers couverts de lichens jaunes et gris.

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02 juin 2006

Rouleau d’écorce de bouleau N°18

Retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh


bleiz_023En revenant sur l'île, Keridwen avait mystérieusement disparu, laissant sa nièce Ernestine toute seule pour affronter son destin. Elle s’était égarée dans la forêt de l’île, obnubilée par la recherche d’un plan d’ail des ours dont elle souhaitait récupérer les graines. Que désirait-elle soustraire de ces graines ? Nul encore aujourd’hui ne saurait le deviner ! Désespérée par son infructueuse quête, elle avait fini par disparaître totalement de ma pensée. J’avais pris sa place quelques temps auprès de Nessy.

Nous avions quitté les rives d’Ecosse depuis plusieurs lunes auparavant. Pour traverser les mers, Eog le saumon savant nous avait remplacés, Keridwen et moi pendant quelques jours, mais c’est une autre histoire qu’il me plaira peut être un autre jour de vous raconter. Nous avions débarqué sur l’île du nord de la Baie de l’Enfer après la centième nuit passée au large. L’été fuyait doucement.

Et j’avais à mon tour abandonné Nessy.


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image Flickr

Je cheminai sans but sur l’île, flairant deci, delà, quelque trace de gibier, plus occupé de dégourdir mes pattes que de me chasser réellement. Je m’amusai du vol lourd d’un bourbon, de l’oscillation d’une fougère sur mon chemin, du parfum de l’entrée d’un terrier de blaireau, mais rien ne retint vraiment mon attention si ce n'est le plaisir de gambader dans l'air frais du matin. Je sortis de la forêt, remontant en zigzaguant d’un pas décidé, une sente qui grimpait à travers la lande, sans omettre de laisser ma signature à chaque coin de buisson.

J’arrivai à un promontoire dégagé quelque part au centre de l’île. Je m’assis, levant la truffe humide et frémissante aux embruns portés par la brise. Les yeux à demi fermés, j’ouvris mon cœur aux odeurs apportées par la bruine. Les oreilles bien dressées, j’ouvris mon cœur aux musiques offertes par le vent. Mes poumons s’emplirent d’un flot de sensations riches et diverses et je sentis les battements de mon cœur s’harmoniser à la complainte du vent.

Je devins brise et nuage, vagues lointaines et vols de cormorans, bruissement de fougères et roulement de galets sur la grève, parfum d’algues et de bruyères, sel, trèfle et soleil.

Contemplatif de la truffe, contemplatruffe.


bleiz
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Le gouvernement français vient d’autoriser de tuer de six loups en 2006.

L’association loup.org vous invite à signer ici plusieurs pétitions qu'elle relaie pour la défense du loup à travers le monde.

http://loup.org/


coupledeloups
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Posté par KeridwenChaudron à 22:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 juin 2006

Rouleau d’écorce de bouleau N°6

Rouleau retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh
Réponse à un poême d'Orbiix, "Les mots de la sorcière"

   

lueur

   
   

J’ai marché longuement dans la forêt
J’ai hanté longtemps les rives des mers du monde
J’ai hurlé souvent bien seule dans la brume
J’ai plongé nue dans le gouffre et la fontaine

Du temps vécu nul ne saura ma peine
Des âmes perdues sous l’œil blanc de la lune
Toujours présente mais si peu féconde
Saurais-je ouvrir le coffre du secret ?

   

Posté par KeridwenChaudron à 23:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

01 juillet 2006

Rouleau d'écorce de bouleau N°4

Retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh, copié par Bleiz d'après un original très abîmé et incomplet
   
   

Aventures de Keridwen arrivée par hasard sur l'île du Purgatoire et rencontre avec Kama Jamshedpur le vampire

   
   
[L'histoire se passe sur un RPG nommé Le Purgatoire, devant les portes de la Bibliothèque de Dante, dont voici la description :
Les Portes de la Bibliothèque
Valérian Jooris, Leader des Insoumis

MessagePosté le: Mar Aoû 31, 2004 2:25 pmthot
Un étrange être tenant une ankh en équilibre sur une coupelle se tient au-dessus des immenses portes de la Grande Bibliothèque de Dante.
Il s'agit de Thot, le dieu égyptien de la sagesse, détenteur du savoir. Il s'agit également du Dieu ayant pour tache de peser les coeurs des morts afin de mesurer leur pureté. Lui encore qui il y a bien longtemps inventa les hiéroglyphes et écrivit le premier Livre des Morts. Qui avait-il de plus adapté pour garder l'unique bibliothèque ouverte à tous du Purgatoire? Il est là depuis longtemps, des millénaires: Les plus anciens écrits gardé dans la Bibliothèque en témoignent: Thot est et restera à jamais le gardien de ce lieu. Dieu de la lune, les égyptiens le représentaient soit sous la forme d'un babouin, soit sous la forme d'un homme avec une tête d'ibis. Les Insoumis l'adoptèrent comme symbole, choisissant à leur gré lequel des deux ils préféraient. La grande porte est divisée en six carrés, deux de largeur et trois de longueur. Sur les deux du dessus on peut voir Minerve et Athéna se faire face. Souvent amalgamées elles représentent toutes deux la sagesse. Chacune des autres plaques représente un dieu d'une autre religion ayant toujours le même point commun: être chez ses fidèles le symbole de la connaissance mais peut importe en quoi vous croyez: Tout le monde peut rentrer dans ce lieu de savoir comme le rappelle une petite et discrète maxime gravée au pied de Toth: "Dans la mort, il n'y a ni Prince, ni Mendiant." Petite phrase anodine mais peut-être plus réfléchie qu'on ne le croit.]


   

Keridwen

Keridwen, petite et chenue, voûtée et bossue, usée par le temps, rouillée par les ans, cheminait tristement sur les routes suivie de son chat. Tap, top, tap, top faisaient ses sabots de frêne sur les pavés du Purgatoire.
La mémoire prodigieuse dont elle s’était immodestement fait une fierté s’effaçait peu à peu sous l’emprise de ce lieu étrange. Et sa vue qui se brouillait un peu plus à chaque siècle, lui causait également grand tracas. Elle qui avait eu le regard d’un aigle le jour et celui d’une chouette la nuit, devait maintenant sortir de son sac les précieuses bésicles que lui avait offertes un gentil moine il y a longtemps de cela. Elle sourit en revoyant Adso au fond des labyrinthes de sa mémoire. La Rose n’avait pas de nom, et pour cause, un moine chrétien ne pouvait nommer une enchanteresse des temps anciens !
Elle n’avait toujours pas compris qu’elle n’était ni dans « ce monde-ci », que les humains appelaient « la Terre » ou « le Réel » ni dans « ce monde-là », ou comme on l’appelait « le Ciel », « la Mort » ou encore « le Paradis », voire « l’Enfer ». Mondes à travers lesquels elle avait l’habitude de passer au cours de ses multiples pérégrinations multimillénaires, empruntant un chemin brumeux, le fond d’un lac ou un corridor de cairn ou encore attendant le soir de la Samain, lorsque tout un chacun avait accès aux deux mondes s’il le désirait vraiment.
N’étant ni vraiment humaine, ni plus tout à fait déesse depuis qu’on l’avait oubliée sur Terre, elle n’avait plus de statut propre et errait perdue d’un monde à l’autre à la recherche de son chaudron. Jamais elle n’avait imaginé se retrouver dans un troisème monde entre les deux autres. Jamais elle n’avait même pu imaginer l’existence de ce monde. Elle n’avait plus écouté les sermons des prêtres depuis la perte de son précieux chaudron quelque part dans le temps entre le IVème et le VIème siècle après la naissance d’un bébé-dieu loin là-bas sur les bords de la Méditerranée. Elle ignorait donc l’existance de cette île où son curragh de peau avait échoué.
Fatiguée pour la première fois de sa longue vie peut être, elle s’assit sur un banc en face d’un grand bâtiment. Ses petits pas automatiques l’avait menée ici, en face des portes de la Bibliothèque de Dante. Elle sortit les bésicles de béryl clair de son cabas et les ajusta sur son nez ridé.
« Tiens, dit-elle, voici Thot le babouin ! »
Elle se mit soudain à rire franchement, de toute la gaieté refoulée depuis son arrivée ici.
« Thot, Plénitude des Dieux, qui connaît le nom du Maître de l’année, qui connaît la divine lumière, qui accomplit les formules magiques de l’Horus de la contrée de lumière, qui avale la connaissance intuitive de chaque dieu et se nourrit des poumons des sages … Gnagnagna et gnagnagna ! On croirait entendre ce fichu maudit entre tous les diables de Taliesin : Je suis le sage de la science primitive, je suis l’asrologue averti, je dis la solution des problèmes, je connais la loi de l’inspiration féconde, je sais combien nombreux sont les vents, les oiseaux, je connais la largeur de la Terre etc., etc. et tatatitatère. Bah si vous êtes si doués pourquoi vous connaît-on à peine plus que moi aujourd’hui, hein ! »
A l’évidence, les siècles n’avait pas entamé la terrible rancune de la vieille radoteuse envers le barde. C’était le point le plus stable sur lequel pouvait encore s’appuyer son pauvre esprit tourmenté. Elle prenait plaisir à retrouver les traces de sa vieille colère aux tréfonds de sa mémoire.
Puis elle admira les sculptures d’Athena et de Menerva (celle qu’on appelle Minerve) sur les panneaux de bois.
« Tiens, ils n’ont pas oublié le plus vieux des dieux, l’admirable Serpent qui se cache ici sous forme d’une décoration de la tunique d’Athena ! Il a le même rôle que l’Ankh de Thot, il représente l’essence de la Vie. Sa lance, que porte également Lug sur le panneau en-dessous, est le pilier qui relie les deux mondes, la chouette sur son épaule, s’oppose au Serpent qui est  la connaissance intuitive et complète son action par la connaissance spirituelle. Passons à l’autre image : Menerva, confondue avec Begoe, la nymphe qui offrit les livres aux humains. Au-dessous, je reconnais Brigit la Belisama et en face d’elle Lug le Belenos à la lance brillante. Chers amis que je n’ai plus revus depuis tant de temps ! Fronts brillants de la connaissance, vous méritez bien de figurer sur les portes d’une bibliothèque même si vous préfériez que les savants utilisent leur mémoire plutôt que ses prothèses de l’esprit que sont les livres. Que diriez-vous en sachant que les humains délaissent ses mêmes livres que vous abhorriez pour des machines électroniques, qui non seulement tombent régulièrement en panne, mais de plus changent rapidement de modèle et sont incompatibles avec leurs aînées d’à peine quelques quatre ou cinq années ! »
Perdue dans ses pensées amères la vieille Keridwen redevint songeuse à ce triste constat.
Allait-elle pénétrer dans la Bibliothèque ? N’attendait-elle pas plutôt que quelqu’un vienne doucement lui faire signe et gentiment lui parler et l’accompagner afin de ne pas affronter seule ces douloureux souvenirs ?
Elle posa son cabas sur le banc et entra dedans prestement. Elle en ressortit bientôt avec une galette-saucisse bien fumante roulée entre ses doigts, se rassis sur le banc et lança régulièrement quelques miettes à son chat tout en se délectant de son mets favori.
   
   
Keridwen
MessagePosté le: Mer Juin 15, 2005 10:36 am

« Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ? »
La petite Keridwen languissait de solitude. Assise sur son banc, les sabots ballants dans le vide, tant ses vieilles jambes étaient courtes, elle désespérait de rencontrer âme qui vive en ce lieu perdu. Qu’avait-elle pu faire pour subir un tel sort. Ses anciens amis les dieux de toutes natures, l’avait-ils reléguée dans ce maudit placard ? Elle dont la vie trépidante l’avait menée en de multiples et inombrables aventures, allait-elle devoir supporter le manque de compagnie en cet endroit inconnu ? Jamais encore, en peut être huit ou neuf mille ans, elle ne s’était à ce point sentie seule et désemparée.
L’enfer, c’est les autres, avait écrit un homme qu’elle avait rencontré au siècle précédent. Et ici, c’est bien pire, pensa-t-elle.
Elle se remémorait des poèmes d’un autre temps, songeant tristement aux quelques âmes égarées quelle avait tout de même rencontrées par ici. Le lieu n’était pas totalement désert mais chacun vaquait à ses petites affaires sans se soucier le moins du monde de sa présence.
« Courage, enfant déchue d’une race divine !
Tu portes sur le front ta superbe origine ;
Tout homme, en te voyant, reconnaît dans tes yeux
Un rayon éclipsé de la splendeur des cieux ! »
se récitait la pauvre petite déesse oubliée en sa morne solitude, essayant vainement de se donner un peu de courage. Son déjeuner de galette tirant sur sa fin, elle croqua une pomme rouge en espérant qu’un évènement la décide à bouger de son banc.

(suite ouverte à toute bonne âme généreuse et compatissante désirant accompagner un moment une petite déesse protéiforme)


Kama Jamshedpur
MessagePosté le: Ven Juin 17, 2005 11:31 am   
[Kama n'est pas exactement une âme généreuse et compatissante, mais si la compagnie d'un vampire avide de savoir ne vous dérange pas, il se fera une joie de deviser avec vous ;-) ]

   
Depuis qu'il avait quitté si informellement Azaly, Kama déambulait dans le dédale des ruelles du Purgatoire, observant le décor, essayant de mémoriser la carte de la ville. Sa marche solitaire n'était pas une errance sans but, une transition incertaine entre la nuit et le jour, mais était guidé par le désir de s'approprier les lieux jusqu'à en connaître les secrets. Ses pas n'étaient guidés que par son instinct et il bifurquait de travées à travées au hasard, suivant le flot fantaisiste de son humeur.
Peu à peu, le ciel se débarrassa du manteau étoilé qui l'avait recouvert d'une chape sombre toute la nuit, et la lumière glissa doucement de l'argenté au rosé, puis au doré. Lorqu'enfin le soleil émergea au-dessus des toits, Kama s'arrêta un instant et le contempla. Il voyait l'astre pour la première fois depuis plusieurs centaines d'années sans crainte d'être consumé, et se laissa envahir avec une certaine méfiance et un soupçon de regret par la chaleur des rayons d'or. Il frissonna. Étranges picotements qui pénétraient sa chair et couraient le long de son épine dorsale ! Il resta ainsi un long moment, visage et paumes offerts au ciel, tournés vers lui... Il savoura cet instant unique, se remémorant la dernière fois qu'il avait vu l'astre : son dernier coucher de soleil... il pleuvait ce jour-là, quand il avait fait ses adieux au jour pour rejoindre le monde nocturne.
Le vampire cligna des yeux, secoua la tête en signe de refus, comme pour signifier que malgré la beauté de l'aube rosissante il préférait la lumière veloutée de la lune, et repris sa promenade. Il déboucha sur une petite place que dominait un imposant bâtiment aux portes gigantesques ornés de peintures antiques, et surmontées de l'inscription « Bibliothèque de Dante ».
Egypte Ancienne et Grèce Antique, si je ne m'abuse...
Soudain, son puissant odorat détecta une odeur de nourriture chaude et grasse, par dessus laquelle flottait une senteur sucrée et acidulée. La place n'était pas déserte, mais les quelques passants qui circulaient étaient trop pressés pour porter attention à sa haute silhouette noire, et il ne voyait personne manger. Il tendit l'oreille et distingua parmi la rumeur de la ville une petite voix flûtée mais étouffée, et quelque peu éraillée. Il tourna la tête et aperçut alors une petite vieille femme assise sur un banc, juste en face des portes. Elle balançait nonchalamment ses courtes jambes tortes dans le vide, croquant une belle pomme rouge à pleine dent, et marmonnait entre ses dents. Kama distingua à grand peine quelques mots à propos d'une race divine et de la splendeur des cieux.
La vieille femme portait une étrange coiffe blanche, et ressemblait aux sorcières des contes de fées. Plus exactement, elle lui faisait penser à la Béfana de son enfance.
L'arrogant vampire ne s'intéressait d'habitude pas aux personnes âgées, exception faite de la grand-mère qu'il avait eu et lui avait légué son amour pour le mystère, mais qui était morte trop tôt. Il y avait si longtemps... Pourtant, cette petite vieille au grand cabas l'intriguait. Elle observait la place avec de petits yeux dont l'éclat malicieux éclairait son visage ridé, et soi que Kama ait été remué par l'éclat du soleil, soit qu'elle ressemblait décidément trop à la Béfana, il se décida à aller la voir.
Il traversa quasi-instantanément la place en quelques grandes enjambées trop rapides pour être vues par un simple mortel, et se campa devant la vieille dame, tout en se demandant encore la raison de son action. De sa politesse un peu désuète pour certains, mais avec ce raffinement auquel il tenait tant, il s'inclina légèrement et la salua :
« Je vous souhaite un bon appétit Madame, et vous prie de m'excuser d'interrompre votre déjeuner. J'ai été attiré par l'odeur acidulé de cette splendide pomme rouge, symbole pour moi non du péché, mais de la connaissance et du mystique. Or donc il m'a semblé trop incongru et trop symbolique qu'une dame qui ressemble à la Béfana mange une pomme en face d'une bibliothèque pour que je puisse me retenir de vous aborder. »

 

La folie chevauche le vent céleste...
Des griffes et des dents effilées sur les cadavres séculaires...

La mort sort des ruines obscurcies par la nuit...

   
   

Keridwen
MessagePosté le: Jeu Juin 23, 2005 2:41 pm   
[Qui d’autre que ce charmant vampire érudit pouvait accompagner la vieille petite sorcière dans un dédale de livres ? La lecture hante même les rêves de ceux qui s’adonnent sans mesure à ses charmes et ses adeptes les plus fervents se sentent liés par delà l’espace, le temps et les toiles d’araignées ;-) ! Nota bene : la Befana ne porte de pas de coiffe bretonne, bigre de barbe de bouc ! Comment les confondre ! Ceci dit, elle et Keridwen sont sans doute deux avatars de la même divinité originelle, de même qu’Athena, Menerva et Brigit, fille, sœur, épouse et mère du grand Dagda. Mais cessons-là ces digressions et faisons place à la suite … dans la mesure de mes pauvres moyens d’écrivain(e) plus que médiocre.]

Serait-ce l’événement qu’elle attendait ? Un homme de haute taille, tout de sombre vêtu, surgit soudainement face à la vieille petite sorcière. Eloquent et poli, curieux et érudit, l’homme aux étranges manières arrivait à point. D’abord étonnée, elle se réjouit finalement qu’une telle créature vienne l’aborder. Le sourire de chat du vampire n’avait pas échappé à l’œil averti de Keridwen.
« Tiens donc ! Quel est ce pays merveilleux où un seigneur de la nuit se promène au grand jour ! Vous connaissez ma cousine Epiphanie, la Befana, toujours en quête elle aussi ! Rien d’étonnant que vous nous confondiez. J’espère qu’elle ne vous aura pas apporté trop de charbon quand vous étiez enfant ! Hi, hi, hi ! » dit en riant la malicieuse vieille petite sorcière.
Elle ouvrit tout large son vieux cabas, rajusta ses bésicles, fouilla à l’intérieur pour en sortir une autre belle pomme rouge.
« Désirez-vous croquer une pomme pour vous changer ? Il semble qu’en ce pays rien ne vous soit impossible ! Tenez, taillez-la donc par le travers, vous verrez le pentagone, cher aux tortilleurs d’esprit. » Ajouta-t-elle en le provoquant gentiment et en lui tendant un petit couteau de cuisine. « Le petit bonhomme de pépins, pour ceux-là, représente l’homme, créature divine entre toutes paraît-il, ah ça ! Et toi le chat qu’en penses-tu ? Et du coup, ce fruit représente aussi la pensée, que les hommes se croient les seuls à détenir, donc la connaissance et par suite le péché, ce qui finalement va s’avérer vrai si les hommes continuent sur cette pente. Cornes de bouc et barbe de bique ! » marmonna Keridwen.
« Sans doute êtes vous suffisament acclimaté à ce pays pour m’en décrire les us ? » demanda-t-elle au vampire. « Je cherche à entrer en cette bibliothèque afin d’effectuer une recherche, mais je ne sais pas comment m’y prendre. Comme vous le savez, toute question posée porte en elle une part de la réponse, c’est pourquoi je peine autant à poser les bonnes questions et ne sais de quelle façon commencer. De plus, la crainte d’être, une fois encore, déçue de ne rien trouver freine mon enthousiasme. Je serais donc ravie de me sentir moins seule dans ma quête. Pourrais-je vous demander de me guider en ce lieu si le temps ne vous est pas trop compté ? »

   

Kama Jamshedpur
Posté le: Ven Juil 22, 2005 2:04 pm 
[hs : Je proteste, je ne veux pas me faire transformer en gargouille à verrue, que mon image soit restaurée immédiatement sinon je vais saigner quelqu'un à blanc]

La petite vieille éclata d'un rire malicieux, reflet d'une gaieté sincère et Kama découvrit ses canines pointues en un large sourire lorsqu'elle mentionna le charbon de la Béfana. Décidemment cette femme aux allures de sorcière traditionnelle était surprenante. Rien ne semblait lui échapper... Elle avait su tout de suite qu'il était un vampire, et il savoura l'appelation de « seigneur de la nuit », qui collait parfaitement avec ce qu'il ressentait. Seigneur de la nuit, mais humble le jour, quand les rayons du soleil venaient rebondir contre les pavés et les flaques d'eau, voilant la lune pour quelques heures.
La main sur laquelle étaient venus s'inscrire en sillon les années se tendit, les doigts courbés en crochet se déplièrent, et une pomme apparut dans la paume. Kama n'avait pas goûté de nourriture depuis des siècles, se contentant de l'extase du sang qu'il buvait, mais pourtant il n'hésita pas un instant et se saisit du fruit rouge rutilant et du couteau. D'un geste lent et calculé il le coupa en deux, et une moitié posée dans chaque main il observa le dessin des pépins, écoutant attentivement les explications de la petite femme, et ne put s'empêcher de sourire à l'expression « tortilleurs d'esprits », une lueur d'intérêt brillant dans ses yeux.
Bien vu ! Quelle étonnante rencontre, qui semble ne pouvoir s'empêcher de révéler une partie du savoir qui doit sûrement être enfoui tout au fond d'elle, et dont on ne sait dire si elle se moque, et qui est si insaissable, alors qu'elle paraît elle-même saisir tant !
« N'est-ce pas incroyable qu'une chose aussi simple qu'une pomme coupée en deux puisse à elle seule signifier tant de choses pour celui qui sait lire les signes ? » demanda-t-il doucement.
« Il en va de même pour chaque objet que la Nature nous offre et chaque chose que l'homme construit. Les symboles sont là, et ne demandent qu'à être déchiffrés et interprétés, mais ce savoir se perd doucement et il est bien rare de croiser quelqu'un qui en possède encore une partie, ou qui du moins sait qu'il existe. L'homme croit posséder la pensée, mais ne craint le péché que parce qu'il est conscient des limites de la connaissance que celle-ci peut lui apporter, et qu'il lui paraît être un mal de vouloir égaler ceux qui savent depuis plus longtemps que lui, mais que lui même a oublié. Inconsciemment l'homme connaît les frontières de sa conscience, mais il ne veut pas les accepter et sombre alors dans le chaos intérieur, oubliant les sources dont il est issu. »
Il reposa le chapeau de la pomme sur la base de celle-ci et son bras sombre se tendit tel une ombre vers la femme.
« Etrange en effet est ce pays où la lumière ne brûle plus celui qui vit la nuit, mais je ne renie pas pour autant ma nature, et vous rend ce fruit que je ne mangerai pas. Croquez-le pour moi... Je ne connais pas encore très bien cette contrée, mais je pense en avoir appris assez pour vous la décrire si vous y tenez. J'accepte avec plaisir de parcourir avec vous cette bibliothèque, car je ne compte plus le temps depuis de nombreuses années. »
Il pensa furtivement à Azaly qui devait l'attendre quelque part, qui allait le chercher... Baste ! Il serait bien assez tôt de la rejoindre, et la nuit n'était pas prête de tomber une nouvelle fois. Le jour allait être long, assez long pour qu'il accompagne la petite vieille dans sa quête.
Il pivota sur lui-même et fit face à l'entrée de la bibliothèque, puis tourna la tête vers la femme comme pour indiquer qu'il était prêt et qu'il l'attendait.

   

Keridwen
Posté le: Sam Juil 23, 2005 12:11 am   
[Par curiosité, je me laisse tenter en vous laissant gargouille et vous offre ainsi la possibilité de vous servir de vos charmes, puisque vous n’êtes imprésentable que dans un unique message hors jeu : ) ]

« Dommage ! » soupira Keridwen en rangeant son petit couteau et la pomme coupée. Puis elle prit le chat par la peau du cou et le fourra sans ménagement au fond de son cabas. Elle sauta à bas du banc, secoua ses jupes afin d’évacuer les miettes de galette oubliées dans les replis de tissu gris, s’approcha du vampire et posa la main sur son coude en feignant de ne pas avoir remarqué qu’il ne lui avait pas tendu le bras.
Poli en parole, mais peu galant ! Impertinent et sûr de lui, sans doute passé trop jeune à cet état. songea la vieille petite sorcière.
« Croyez-vous vraiment que les signes soient cachés dans les objets et que peu de personnes sachent les lire ? Non, non, ils sont visibles et chacun les voient ou s’il ne les voit pas, les ressent. L’esprit humain, pour peu que le votre le soit encore un tantinet, vous conviendrez comme moi, fonctionne par association d’images. Voyez comme ce fruit vous a attiré ! Pour un autre il aurait signifié nourriture et celui-ci aurait salivé. Vous, c’est votre soif de connaissance qui s’est révélé à la vue de cette pomme, mais êtes vous certain que la couleur rouge ne vous a pas rappelé la nourriture habituelle dont vous vous rassasiez ? Quelle analogie s’est présentée à vos yeux lorsqu’ils se sont posés sur cette petite figure de pépins, que vous m’ayez rendu aussitôt cette pomme ? Bien, je vous chahute, cher nouvel ami et ne veux plus vous importuner avec vos méchantes manies ! Mais vous avez raison lorsque vous dîtes que l’homme sombre lorsqu’il perçoit ses limites. C’est un réflexe bien animal de montrer les crocs quand on a mal, même à l’ego, et de se venger sur le faible. Veuillez à nouveau m’excuser pour ces rapprochements d’idées ! ». La vieille petite Keridwen accompagna cette dernière phrase d’un nouvel éclat de rire qui la fit presser le bras de Kama de ses doigts crochus.
Cette rencontre l’amusait beaucoup. C’était un compagnon idéal pour explorer la bibliothèque. Elle sentait dans l’érudition dont faisait preuve le jeune vampire qu’il avait un besoin plus grand encore d’enrichir ses savoirs, une quête aussi sombre et profonde que la sienne avec un but aussi peu intelligible, aussi peu défini. Puisqu’il avait décidé, à regret cependant, lui avait-il semblé un fugitif instant, de l’accompagner quelques moments, Keridwen en profiterait pour l’interroger sur ce goût particulier de la lecture dont il était indéniablement touché.
« Pensez-vous que nous trouverons en ce lieu de quoi assouvir nos envies de recherche ou bien allons-nous nous perdre dans un labyrinthe que nous creuserons sous nos pas ? Que sont pour vous les livres ? Des éléments de réponse ou le prétexte de questionner toujours plus ? Après quoi court-on lorsqu’on parcours des lignes ?»

Courage enfant déchu d’une race divine
Tu portes sur ton front ta superbe origine

   
   

Kama Jamshedpur
Posté le: Mar Sep 13, 2005 2:54 pm   

La main de la petite vieille s'accrocha à son bras, et d'un coup il fut frappé par un détail : il ne savait toujours pas qui elle était, et il se fit la réflexion intérieure qu'il n'allait pas lui demander son nom si tôt après leur rencontre, car il présentait qu'elle appartenait au passé et à un monde qui lui échappait et que beaucoup plus de choses qu'il n'en saurait jamais se cachaient en elle.
Or il savait pertinemment que donner son nom revenait à se révéler et l'étrange dame qui auréolait ses réponses et surtout ses questions ne semblait pas décider à se révéler. De plus, il ne voulait pas non plus se livrer, il sentait trop de puissance retenue ou oubliée en elle, et ne voulait pas qu'on vole ce qu'il lui restait d'âme. Donc il ne serait pas question de nom. Précaution qui était de plus en plus fréquemment oubliée semblait-il... Il se rappela l'époque où l'on ne déclinait jamais son identité réelle, mais la liste de ses surnoms, et il était bien décidé à agir de même.
Il se dirigea d'un pas décidé vers la bibliothèque, et avant d'en pousser les portes imposantes, il esquissa ce qu'elle appelait son sourire de chat avant de lui répondre.
« N'est-ce pas vous qui avez dit que chaque question contenait sa part de réponse ? Il en va de même pour celles que vous venez de me poser. » répondit-il avec ironie.
Comme si j'allais répondre ce qu'était pour moi les livres... Très chère inconnue vous me provoquez ! Je ne me livrerai pas comme ça, il faudra user de plus de charme pour m'avoir. Je ne suis pas si facile à cerner que j'ai l'air de l'être pour vous qui par contre ne l'êtes pas du tout.
« Diable ! Ni l'un l'autre ne trouverons sûrement jamais la même chose dans cette bibliothèque, même en y cheminant côte à côte. Et quel besoin d'avoir un prétexte pour questionner ? La voie vers la sagesse ne commence-t-elle pas par l'acceptation de l'ignorance ? »
Aidé de sa force naturelle, il n'eut même pas besoin de s'appuyer de tout son poids sur la porte pour qu'elle s'ouvre. Une simple pression de la main suffit, et la bibliothèque s'offrit à eux. Il maintint la porte ouverte, et le chapeau à la main se fendit dans une courbette moqueuse.
« Que la bibliothèque de Dante vous accueille, et puisse-t-elle vous aider à trouver les réponses aux questions que vous ne savez pas formuler ! »
dès qu'il eurent tous les deux pénétré dans l'orifice, la porte se referma doucement derrière eux et après un grincement plaintif, le déclic de la fermeture se fit entendre.
« Alea jacta est ! » grimaça-t-il, et cette fois il pris bien garde à tendre son bras à la petite vieille.

La folie chevauche le vent céleste...
Des griffes et des dents effilées sur les cadavres séculaires...
La mort sort des ruines obscurcies par la nuit...

   
   

Keridwen
Posté le: Lun Sep 19, 2005 9:49 pm   
[Quand neuf mille ans comme moi tu auras, moins retors tu seras GRRRR !]

« Connaîtriez-vous les légendes celtiques Messire de la Nuit ? » demanda tout à trac la vieille sorcière en entraînant le vampire dans les rayons colossaux de la grande salle. Elle le dirigea d’instinct en agrippant son bras vers le coin le plus reculé, le plus sombre et le plus mystérieux de la bibliothèque, celui dont les volumes mal empilés les uns sur les autres sur des étagères sans âge étaient uniformément grisés par le temps et couverts de poussière. Keridwen lâcha le bras du vampire quelle avait maintenu fermement pendant le trajet et farfouilla quelques secondes dans son cabas. Elle en sortit une invraisemblable balayette de plumes rouges et vertes dont elle commença de se servir pour épousseter les livres à sa portée, ce qui lui provoqua inévitablement une crise d’éternuements sonores.
« Râtchaka tchîîî, râtchoumelâââ, râââtchîmelou ! » éternua la petite dame qui rangea prestement son plumeau et sortit de son vieux sac un immense mouchoir à carreaux pour se moucher bruyamment. Le chat profita du malaise passager de Keridwen pour surgir hors du cabas. Il alla fouiner sous les rayons à la recherche possible d’un muridé isolé. Songeuse , légèrement hésitante, voire quelque peu inquiète, la petite sorcière ne vit pas le matou décamper.
Elle rajusta sa coiffe et replanta vivement les épingles dans ses tortillons de cheveux argentés. « Pardonnez-moi cher ami. Donc, revenons à nos mouflons, auriez-vous entendu parler de la grande quête, je veux dire du chaudron perdu des Celtes, le chaudron du Grand Dagda ? » se livra soudain la petite vieille sans défiance envers cet être aux mœurs sanguinaires.
Peste de bourrique, que vas-tu questionner ce jeune homme blafard sur le mystère du monde ! Va-t-il y comprendre miette le bougre ? Sa belle mine émeut la vieille carne que je suis et son discours mielleux m’aura fait perdre caboche. Bien, bien, bien, c’est vrai que le quidam semble avoir lu quelques pages et rouleaux, allez vas donc espérer une réponse de ce drôle, maudite mûle abatardie d’onagre que je suis ! marmona dans sa barbe la vieille folle.

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Kama Jamshedpur
Posté le: Mar Sep 20, 2005 5:45 pm   

Kama accorda son pas au trottinement menu de la vieille petite dame et se laissa entraîner jusqu'à ce qui paraissait être le fin fond de la bibliothèque. Les étagères croulaient sous les volumes empoussiérés, refuges plusieurs fois centenaires d'une collection d'araignées sûrement impressionnante par sa diversité. Les sens exercés du vampire discernaient l'odeur du papier vieilli et de l'encre sous l'amas de poussière. Il respira à pleins poumons, s'emplissant du parfum des vieux livres avec délectation. La bibliothèque était silencieuse, si l'on exceptait le raclement des griffes des rats, perceptibles seulement pour une oreille aussi fine que la sienne. Le chat aussi avait du les entendre, car il surgit soudain hors du cabas et se lança à leur recherche.
Kama tressaillit à la question de la sorcière, si s'en était une. Les légendes celtiques ? Le chaudron de Dagda ? Ainsi c'était cela... Elle l'avait entraîné dans le recoin le plus sombre du bâtiment pour l'entretenir des mythes les moins clairs qui soient... Comme tout amoureux des mystères, il s'y était déjà penché, avait fait le lien entre le Graal et la légende beaucoup plus ancienne de Dagda.
Le Graal... la coupe qui aurait recueilli le sang du Christ, le Graal qui donne la vie, et ne se vide jamais, le Graal accompagné de la « la lance dont le fer saigne, jamais si sec qu’une goutte de sang n’y pende » ... Il avait découvert avec lui les mythes celtes, cependant ce n'étaient pas eux qui l'avaient attiré vers lui mais le double mystère de la vie et du sang, du sang et de la mort...
On n'évoquait pas d'aussi sombres et anciennes légendes sans raison, à la légère. Où donc voulait-elle en venir ?
« Certes, j'ai entendu parler de la Grande Quête... Celle qui a commencé il y a si longtemps que l'on ne s'en rappelle plus, et qui durera aussi longtemps que mourront les hommes... Qu'on le nomme Chaudron de Dagda, Graal ou qu'on préfère ne pas le nommer, il y aura toujours quelqu'un pour chercher cet artefact. »
La vieille femme le cherchait-elle aussi ? Était-ce cela la question qu'elle ne pouvait formuler car elle ne pouvait y répondre ? Allait-il oser la lui poser ? Était-ce pour cela qu'elle lui avait demandé de la guider ? Parce qu'elle avait besoin d'être questionner pour accoucher de ses idées ? Comme dans un tout autre domaine Socrate avait exercé l'art de la maïeutique avec Platon... Il choisit avec soin ses mots pour la questionner, lui renvoyant la question qu'elle lui avait posé à l'entrée de la bibliothèque.
« Vous même, que cherchez vous ? Après quoi courrez-vous lorsque vous lisez ? Les indices que vous recherchez dans les livres, si tant est que vous en cherchiez, seraient-ils capables de transformer le tonneau des Danaïdes qu'est la recherche du, hum, savoir, en une corne d'abondance, vitale pour celui qui la possède ? »


une déchirure a séparé le rouleau en deux parties, dont ne subsiste que celle-ci, l'autre a disparu à jamais

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07 septembre 2006

Jetez aux orties le purin !

Grmblblbl,  vla ty pas que ma petite nièce Nessy m'avertit que je risque deux ans de prison et soixante-quinze mille euros d'amende maintenant si je vous conseille d'utiliser du purin d'ortie comme engrais. Est-ce que je suis hors-la-loi si je raconte que les fruits frais d’été, abricots, pêches,  se conservent mieux dans quelques branches d’orties fraîchement coupées et que les fruits d’hiver, pommes, poires, se conservent mieux dans des branches d’orties séchées ?
Et si je vous dit que des orties hâchées déposées directement dans les trous de plantations des pommes de terre, des tomates, par exemple les protègent contre les maladies et fertilisent le sol, vais-je me retrouver en prison ? Ah, y ferait beau voir ça ! Et encore, je n’ai pas des paquets de mille d’euros dans mon cabas à donner au garde-champêtre en punition si je vous ai conseillé de mettre des orties en couvre-sol entre vos plantations, non mais ! Qu’est-ce t’en dit toi, le chat ? C’est ty quils vont vouloir nous faire moisir dans un sombre caveau ces hurluberlus maléfiques avec leur billevisées et toutes ces calembredaines d’empoisonneurs publics !
Ah ça mais il me va falloir alerter Frère Séverin et Frère Guillaume, car celui-là n’utilise-t-il pas une tisane froide d’orties pour activer son compost, et l’autre bavard qui serait bien capable de le crier aux quatre coins de sa chrétienté. L’inquisition va leur tomber sur la bure !

***
Petit texte à publier sur vos blogs sur la proposition d'Isabelle

Aux orties, le purin d'ortie ! Et tout autre produit fabricable soi-même utilisable pour la protection des plantes de façon naturelle. Ces savoirs et savoir-faire culturels et ancestraux sont désormais hors-la-loi. Quiconque les recommande, en fabrique ou en détient est passible de 2 ans de prison et 75 000 euros d'amende depuis le 1er juillet 2006, date du décret d'application de la loi n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d'orientation agricole. Cette loi n'autorise désormais la recommandation et l'utilisation que des produits disposant d'une autorisation de mise en marché, appelés concrètement "les pesticides".

C'est pourquoi il est impératif de déconseiller strictement l'utilisation de produits fabriqués maison tels que :

- le spray à l'ail : il ne convient pas du tout pour éloigner les insectes mangeurs de feuille
-et surtout pas le spray anti insectes composé d'eau, d'un peu d'alcool à 90° (ou tout alcool fort de type vodka), et de quelques gouttes essentielles de thym, de sauge et de lavande
-encore moins le spray au piment qui ne protège pas du tout les plantes des fourmis : Si vous trouvez une préparation à base de piment, d'aneth et d'ail hachés en égale quantité dans de l'eau, jetez-le !!
-la pomme de terre peut vous mettre sous le coup de la loi si vous la mélangez à de l'eau chaude et une toute petite dose de liquide vaisselle : elle n'est aucunement efficace contre les pucerons et autres petits insectes suceurs de sève.
-surtout, ne broyez aucune coquilles d'oeuf et n'étendez pas de cendres autour de vos plantes : ils risqueraient d'être pris pour une barrière contre les gastéropodes par nos législateurs
- et n'utilisez surtout pas le fameux purin d'ortie !!

L'obligation est désormais morale : n'hésitez pas à diffuser cette liste d'interdictions et à l'enrichir afin de protéger quiconque d'être poursuivi pour de tels délits.

Posté par KeridwenChaudron à 14:44 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

08 septembre 2006

contre les piqûres d'orties

Machouillez une feuille de plantain et appliquez-la sur la plaie.

Posté par KeridwenChaudron à 14:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]